#Du côté de Léo

Service national universel / État-jeunesse : un engagement réciproque

Le service national universel, attendu depuis plusieurs mois, vient enfin de dévoiler ses premiers contours. A la suite du rapport remis par un groupe d’experts, le gouvernement en a exposé les grands principes, annonçant une consultation avec les organisations de jeunesse qui aura pour objectif de préciser ses modalités. La Fédération Léo Lagrange voit dans ces premières annonces une réelle opportunité de promouvoir auprès de la jeunesse la rencontre et l’engagement.

Engagés depuis plus de soixante-dix ans au service de l’émancipation des jeunes, nous avons toujours défendu la nécessité d’un temps vécu en commun par tous les jeunes d’une classe d’âge. Si l’éducation populaire a un sens, c’est bien celui de rassembler des personnes qui viennent d’horizons différents et de leur permettre de se découvrir, d’échanger et d’expérimenter ensemble, hors des cadres scolaires ou professionnalisant. Aussi nous nous réjouissons que le SNU ait renoncé à une dimension exclusivement militaire pour accueillir des formes d’engagement associatif et civil.

Cependant, pour que ce soit temps partagé soit réellement utile aux jeunes, il conviendra de porter une attention particulière à son contenu.

A ce stade, il apparait que le SNU comprendra deux phases : la première, vers 16 ans, une première étape de sensibilisation et de découverte, d’une durée d’un mois obligatoire, avec hébergement collectif ; la seconde, après 18 ans, offrant la possibilité pour les jeunes qui le souhaitent de vivre une expérience d’engagement volontaire. Cette articulation nous semble aller dans le bon sens.

Favoriser le décloisonnement territorial, la mixité sociale et l’apprentissage de la vie collective doit être au cœur des objectifs du SNU. C’est pourquoi il est essentiel que les jeunes soient hébergés en internat, dans des conditions favorisant une expérience d’égale qualité, quel que soit le territoire d’accueil. Ils devront être entourés par des professionnels formés pour accompagner et faire vivre cette mixité dans la cohésion.

Les quinze premiers jours du SNU devront permettre, outre la détection d’éventuels problèmes scolaires ou de santé, de proposer aux jeunes des outils utiles pour la suite de leur parcours personnel, citoyen et professionnel. C’est pourquoi nous préconisons que l’accomplissement du Service national universel soit l’occasion pour chaque jeune de bénéficier d’une formation de secourisme et d’une formation de sensibilisation à la lutte contre les discriminations, mais aussi de financer son permis de conduire.

Cette première phase sera également l’occasion de faire découvrir aux jeunes la diversité des possibilités d’engagement qui s’offrent à eux. Trop souvent, elles leur sont méconnues, ou bien elles leur apparaissent inaccessibles. On ne peut donc que se réjouir de ce temps d’information généralisé, qui pourrait devenir un véritable tremplin vers l’engagement.

Or, pour donner à voir la richesse des parcours associatifs et susciter l’envie, ce temps d’information devra être réellement attractif, tant dans sa forme que dans son contenu. Nous recommandons qu’il soit pris en charge par des jeunes volontaires ou des professionnels qui maitrisent les techniques d’animation participatives. Rien ne serait pire, en fait, que de parler d’engagement citoyen en faisant défiler une présentation PowerPoint dans une salle de cours…

Pour cette raison, nous saluons également le principe des quinze jours de «projet collectif», qui ne nous apparaissent pas comme un engagement obligatoire, mais bien comme un prolongement de la découverte des opportunités d’engagement à travers l’immersion, l’expérience et le «faire».

Pour autant, le SNU n’aura de sens que si l’État se donne les moyens de concrétiser les envies et les vocations qu’il aura contribué à faire naitre. En d’autres termes, tous les jeunes qui le souhaitent devront se voir offrir la possibilité de poursuivre leur SNU par une expérience d’engagement de qualité.

Aussi, il nous apparait important de conforter la diversité des formes d’engagement, dans le respect des spécificités qui en font le sens, en sanctuarisant les moyens budgétaires qui leur sont accordés. Le service civique, puissant vecteur de citoyenneté et d’émancipation des jeunes, devra ainsi être préservé en tant qu’expérience longue, de 6 à 12 mois, car ce temps est nécessaire pour que les jeunes en tirent pleinement profit. Le service civique international et le service volontaire européen sont également des dispositifs à promouvoir et encourager.

Enfin, il s’agira de reconnaitre les compétences acquises par l’engagement. Le fait associatif et l’éducation populaire sont générateurs de compétences transversales, de savoir-être, de savoir-faire et de sens qui arment les jeunes dans leur parcours et en font des individus précieux pour la société et pour le monde du travail. Il est temps de mieux le reconnaitre et de le valoriser

La Fédération Léo Lagrange tient à réaffirmer que l’obligation que fait naitre le SNU s’adresse autant aux jeunes qu’à l’État. Elle oblige L’État à forger les conditions de créer une réelle communauté de destin, de donner à voir toute la diversité (sociale, culturelle, d’origine) de ce qu’est la France. Elle exige que l’État propose les opportunités, les possibilités que chaque jeune pourra mobiliser pour construire sa propre autonomie, être acteur de son émancipation.

La Fédération Léo Lagrange est prête à mobiliser pleinement son expertise et ses moyens, en termes d’hébergement, d’ingénierie de formation et de débouchés à l’engagement, pour faire de ce service national universel un réel projet de société.